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dimanche 24 avril 2016

Un dossier à creuser : les statues de hérauts dans la Castille renaissante

Héraut agenouillé - Tribune du chœur des moines de San Juan de los Reyes (Tolède) Le mois qui s'achève ayant été un peu chargé, je me contenterai aujourd'hui d'une brève réflexion sur un dossier iconographique qui me semble digne d'intérêt pour l'histoire de l'office d'armes et, peut-être aussi, de la monarchie catholique. L'appareil de notes sera donc limité à sa plus simple expression.

Dans le paysage iconographique de la hérauderie, la couronne de Castille possède une particularité notable. C'est — à ma connaissance — la seule région d'Europe à avoir produit un nombre important de statues d'officiers d'armes. D'ordinaire, ces personnages sont plutôt représentés sous forme d'images peintes. L'enluminure est, de loin, le domaine le plus prolifique en la matière, mais on peut également voir des hérauts sur quelques tableaux et dessins.

En Castille, de telles figurations sont rares. Plusieurs monuments sont, en revanche, ornés de statues représentant des personnages civils en cotte d'armes, souvent équipés de verges ou de masses ; selon toute vraisemblance, des hérauts.

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dimanche 6 mars 2016

La monarchie prédatrice

Louise de Savoie et ses enfants François et Marguerite - BNF, NAL 83, f° 2 L'an dernier, un de mes condisciples s'était demandé si le pouvoir des Valois en Italie pouvait être qualifié de prédateur. La rhétorique du prince chasseur rejoignait à ses yeux les termes employés par les rapports italiens pour qualifier l'attitude des Français en Lombardie : déprédations des armées et rapacité des administrateurs du roi, battues organisées par Lautrec pour pourchasser les opposants...

Le règne François Ier se prête bien à une telle analyse. Le roi était un grand chasseur et fut chanté comme tel. Dans les années 1530, par exemple, Hugues Salel rédigea au moins deux versions d'une Chasse royale, dédiée au monarque. La première mouture célébrait la prise du sanglier Discord par François. La bête sauvage fauteuse de trouble représentait alors Charles Quint. Dans la seconde, Discord était devenu une image de la guerre et de l'hérésie que le roi chassait désormais avec l'empereur à ses côtés, signe de la réconciliation des deux souverains après le traité de Nice.

Un aspect du règne plus que tout autre donne cette image de roi prédateur. Tout juste assis sur le trône après la mort de Louis XII, les Valois-Angoulême s'arrogèrent des pans entiers du royaume. Dans les années qui suivirent l'avènement de François Ier, le monarque, sa sœur et sa mère déployèrent en la matière des trésors de rapacité — ou d'opportunisme, c'est une question de point de vue. À coups de concessions de fiefs et de captations d'héritage, ces trois personnages réussirent à constituer un patrimoine privé impressionnant, largement pris sur les biens des principaux princes du royaume et de ses environs immédiats.

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dimanche 14 février 2016

Programme des séances de la SFHS - 2016

Comme chaque année, la société française d'héraldique et de sigillographie organise un cycle de conférences mensuelles ouvertes à tous. Le programme de l'année 2016 est maintenant disponible sur son site internet.

Le programme est donc le suivant:

  • Le 21 Janvier : Michel Pastoureau - L'héraldique et l'amour (XIIe - XIVe siècles),
  • Le 18 février : Paul-François Broucke - Procès-verbaux héraldiques en Bretagne,Programme 2016
  • Le 17 mars : Jonathan de Chastenet - Héraldique et littérature française au XIXe siècle,
  • Le 21 avril : Philippe Palasi - De Florence au XVe siècle à Paris au XXe siècle, une fausse belle histoire, suvi de Christian de Mérindol - L’orientation gauche droite sur les sceaux équestres,
  • Le 19 mai : Ewa Kozaczkiewicz - À propos des sceaux de chanoines polonais,
  • Le 1er juin à 15h : Nicolas Vernot - Entre héraldique et onomastique : repenser les armoiries parlantes - Séance commune avec la Société française d’onomastique,
  • Le 16 juin : Emannuel de Boos - À propos de l’armorial Beyeren,
  • Le 20 octobre : Tania Lévy - L’héraldique dans la ville,
  • Le 17 novembre : Édouard Bouyé - Le pape, imitateur de l’empereur.
  • Le 15 décembre : Assemblée générale de la société.

Comme les années précédentes, ces séances se tiennent à 17h, dans la salle d'albâtre du CARAN (archives nationales), 11 rue des Quatre-fils, 75003, Paris.

dimanche 24 janvier 2016

La monarchie angélique

Ceci n'est pas véritablement une chronique mais plutôt la manifestation de mon intérêt pour un traité tout à fait étonnant dont j'aimerais pouvoir faire, dans le futur, une analyse plus poussée.

Le roi de France est-il un ange ? Voici la question qui peut se poser à la lecture de ce « libelle » anonyme, offert en 1532 à François Ier et qui se présente comme une interprétation mystique de l'ordre de Saint Michel. Il s'y développe un mélange d'angélologie biblique, de culture courtoise et de philosophie grecque qui n'est pas sans évoquer certains écrits de l'époque, comme ceux de Jean Thenaud.

Saint Michel à l'écu de France : une image du roi-archange ? - BNF, fr. 5748, f° 3

Le traité commence comme un éloge de l'ordre du roi, présenté comme infiniment supérieur à ses rivaux bien connus — ordre de la Toison d'or et de la Jarretière — mais aussi à deux compagnies que je n'arrive pas à identifier pour le moment : l'ordre des crosilles et celui du ramel d'or (peut-être des évocations littéraires, s'il ne s'agit pas d'inventions de l'auteur). Cette supériorité tient à ce que l'ordre du roi de France est un don divin et un signe d'élection transmis par l'archange lui-même, tout comme le furent les lis de son écu ou la chaîne du prophète Jérémie.

Repartant de la théorie pythagoricienne de la métempsychose, le traité affirme que ce rapport particulier entre Michel et le royaume vient de ce que le roi est l'incarnation réelle de l'archange. À l'image de ce dernier, chef de la milice angélique et prévôt du paradis, le roi de France est désigné comme le fils ainé de l’Église, comme le prévôt de la Chrétienté et comme son principal bouclier.

Michel devient ainsi le gardien terrestre et céleste du royaume : c'est lui qui a opéré la conversion de Clovis, qui a aidé saint Louis à refouler les Juifs et les hérétiques, qui a mené Charles VII à Reims aux côtés de Jeanne d'Arc. François, nouveau roi-archange est dès lors invité se comporter comme tel à et pourfendre la nouvelle hérésie.

Dans son ensemble, le traité est un condensé du discours sur la sainteté et la sacralité de la monarchie française qui montre assez bien comment des éléments aussi profanes que les ordres auliques pouvaient servir de support à la construction idéologique et à la communication politique des cours de la Renaissance. Il s'inscrit dans une longue tradition d'assimilations du roi de France à l'archange Michel, dont on trouvera une nouvelle occurrence chez Jean Duvet sous Henri II. En procédant à cette dernière étude préliminaire j'aurais enfin un aperçu suffisant des règnes précédents pour pouvoir réfléchir sur celui du fils de François Ier.

dimanche 10 janvier 2016

Sous la vigne de Naboth...

Lucas de Leyde, Jézabel promet à Achab la vigne de Naboth (c.1530) - Louvre ...pourrait bien se cacher le sceau de Gilbert de Montpensier.

De 1488 à 1522, les deux branches aînées de la maison Bourbon se livrèrent une guerre de procédure sur la succession des États familiaux. Elle produisit une masse complexe de règlements et de conventions qui allait nourrir les débats à la mort de Suzanne de Bourbon, lorsque Louise de Savoie et François Ier disputèrent l'héritage à Charles de Montpensier.

A intervalle régulier, la politique successorale des ducs était attaquée par la branche cadette des Montpensier sous la forme d'un procès ou d'une protestation formelle. C'est à l'occasion d'un de ces procès que Louis II de Montpensier convoqua l'histoire de la vigne de Naboth pour justifier son action. Comme ce sujet d'Achab que le roi voulait déposséder de la vigne paternelle, le jeune comte affirmait devoir déplaire à son suzerain au nom de l'honneur de ses pères. Naboth avait refusé de vendre sa vigne au roi, car il ne pouvait aliéner les biens qu'il avait reçu en héritage. Louis de Montpensier, quant à lui, refusait de laisser Pierre de Beaujeu le spolier de ses droits héréditaires en disposant librement des États familiaux.

Les dessins de sceaux de la collection Clairambault semblent indiquer que cette rivalité eut d'étonnantes conséquences sigillaires.

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dimanche 27 décembre 2015

Sacrifier le prince - Les accommodements d’une province fidèle dans la Guerre de Quatre-vingts ans

Hieronymus Cock - Hérauts et poursuivants aux funérailles de Charles Quint Pour les vacances, je propose à nouveau un article — un peu indigeste, je m'en excuse, mais c'est de saison — de mon ancien site.

À bien des égards, l’histoire de la révolte des Flandres contre le pouvoir espagnol est celle d’un impossible retour à la normale: combien de lettres, combien de mémoires n’évoquent-ils pas l’espoir et les modalités d’un redressement de l’État et de la république? Le constat fut général, mais jamais les acteurs ne parvinrent à s’entendre sur la nature de cette situation normale et antérieure qu’il s’agissait de rétablir. Les rebelles défendaient le fantasme d’une période de collaboration des élites et de tolérance religieuse, les réformateurs les plus zélés pensaient rétablir l’Église des premiers temps, tandis que le roi Philippe défendait un état d’ordre et de pureté religieuse sans doute tout autant imaginaire. Le fait même que le prince d’Orange n’ait jamais envisagé de changer sa fameuse devise en est révélateur: la révolte des Flandres se voulait la défense violente d’un état idéal contre les turpitudes du siècle.

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dimanche 13 décembre 2015

Workshop « les décors héraldiques » : les recalés

Palais royal de Sintra - la Salle des blasons Cette année, encore, Torsten Hiltmann organise à Münster un colloque à thématique héraldique. Il s'associe cette fois-ci à Miguel Metello de Seixas pour s'intéresser aux décors des salles d'apparat. Partant du constat que les espaces de représentation du Moyen-Âge et de l'époque moderne sont très souvent ornés d'armoiries et d'emblèmes, les organisateurs ont voulu inciter les participants à s'interroger sur les finalités de ces programmes. Installés dans des lieux de représentation d'un pouvoir, d'une institution ou d'une communauté, ces décors participent souvent à la fonction même de l'espace d'apparat : se mettre en scène face aux siens et face aux autres. Il s'agit donc de comprendre le rôle du décor dans l'interaction entre le lieu, la fonction et les acteurs.

Ayant de la matière à disposition, j'ai proposé une intervention sur les décors dans les hôtels de ville et de châtellenie de Flandre au milieu du règne de Charles Quint (Courtrai, Audenarde, Franc de Bruges). Comme, cependant, j'ai eu beaucoup de difficultés à choisir un thème parmi les nombreux exemples qui m'avaient traversé l'esprit, je me permets de faire un petit florilège des sujets recalés. On pourra sans doute y trouver quelques pistes de réflexion.

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